Maison de Victor Hugo à Guernesey

Hauteville House série BD

HH

Hauteville House est une série BD parue aux editions Delcourt (actuellement 10 volumes) et réalisée par Fred Duval (scénario), Thierry Gioux (dessin), Christophe Quet (story-board) et Carole Beau (couleur).

Cette série appartient au genre steampunk (terme inventé pour qualifier un genre de littérature né à la fin du XXème siécle, dont l’action se déroule  dans l’atmosphère de la société industrielle du XIXème siécle. Le terme fait référence à l’utilisation massive des machines à vapeur au début de la révolution industrielle puis à l’époque victorienne. Aujourd’hui le steampunk est considéré comme un esthétisme pouvant intéresser à la fois des oeuvres littéraire fantastique, de fantasy, d’anticipation et certains sous-genres de la science-fiction).

En 1864, des agents républicains établis à Guernesey doivent contrecarrer les projets scientifiques de Napoléon III, car en marge de l’histoire officielle, celui-ci utilise son arméee et ses services secrets pour étudier des phénomènes qui relèvent des sciences occultes et des légendes populaires. Son but : obtenir la suprématie dans le monde.  Les républicains installés dans les profondeur d’Hauteville House tentent de contrer les funestes projets impériaux.

Après une présentation des différents cycles et tomes, nous verrons plus en détail le tome 10 intitulé Jack Tupper dont l’action se déroule en huis clos à Hauteville House.

Crédit images : ©Editions Delcourt/Thierry Gioux/Fred Duval.

CYCLE I :

1- Zelda

Zelda

Avril 1864. Le Clovis, un cuirassé du troisième empire mouillant à Rouen, est sur le point d’appareiller pour le Mexique. De nuit, Gabriel Valentin-La-Rochelle, espion infiltré à l’intérieur du bâtiment, s’empare de documents top-secrets. Plus communément appelé Gavroche, cet agent spécial de la république engagé dans la résistance contre le troisième empire, rejoint aussitôt sur Guernesey la base de Hauteville House. Cette demeure appartenant à l’écrivain Victor Hugo, abrite en fait un gigantesque quartier général souterrain oeuvrant pour la restauration de la république. Les documents rapportés du Clovis révèlent alors l’intérêt soudain de Napoléon III pour le Mexique. Souhaitant profiter du désintérêt des USA pour la guerre civile mexicaine , trop occupés par leur propre guerre de sécession, Napoléon III a en effet lancé de mystérieuses recherches dans un temple maya. Les forces occultes que souhaite réveiller l’empereur seraient alors susceptibles d’écraser la rébellion Juariste et d’étendre l’emprise de l’empire français au continent sud-américain.

2 – Destination Tulum

Destination Tulum

Mai 1864, dans le ciel mexicain. A partir d’un « bi-zeppelin », les forces spéciales de l’empereur Napoléon III lancent une offensive au sol. Leur objectif : intercepter l’agent républicain Gavroche recherché pour conspiration contre l’empereur. Ce dernier, toujours accompagné de son fidèle majordome Georges, fait route vers un temple maya, pour y faire déchiffrer un document top secret par un spécialiste. Poursuivis par l’armée napoléonienne, Gavroche et Georges ne doivent leur salut qu’à l’intervention musclée de Désiré, l’homme à qui ils allaient rendre visite. Après avoir provoqué un bain de sang, les trois hommes se réfugient derrière la lourde porte d’un temple en ruine. Enfin à l’abri, ils entreprennent d’analyser le mystérieux document qui se trouve être un extrait des mémoires d’un chroniqueur d’un certain Cortès. Ce dernier les renseigne sur une arme absolue dont tente de s’emparer l’empire français. Au même moment à Hauteville House, sur l’île de Guernesey, Eglantine est envoyée en mission par le général Duroc, de la résistance française. Elle doit infiltrer la famille du Général de la Touque, proche conseiller de Napoléon en poste au Mexique.

3 –  Le steamer fantôme

Le steamer fantôme

Gavroche a enfin réussi à localiser et dérober le mystérieux manuscrit détenu jusqu’alors par les sbires de l’empereur Napoléon III. Celui-ci est un extrait inconnu des mémoires de Bernal Diaz Del Castillo, le chroniqueur de Cortès lors de l’expédition chez les Aztèques en 1519. Poursuivis frénétiquement par les forces spéciales de l’empire, Gavroche parvient tout de même à rejoindre tant bien que mal Désiré, un vieux spécialiste qui lui traduit le manuscrit. L’écrit révèle qu’un empereur Aztèque a donné à Cortés un bijou très particulier, qui avait été offert à son peuple par le Dieu Quetzal Coatl. Celui-ci permet d’ouvrir des portes secrètes du Palais de Tulum dont les entrailles renferment une arme redoutable. Gavroche arrive à mobiliser la résistance mexicaine afin d’empêcher Napoléon d’acquérir cette arme absolue. Après quelques actions sanglantes, Gavroche et les mexicains arrivent à Tulum pour y découvrir un carnage diabolique : la légion de l’empire a été anéantie dans un effroyable bain de sang. Le lieutenant Augustin agonisant, seul survivant de la boucherie, décrit les évènements : une bête ectoplasmique en mal de chair fraîche, est sorti de son hibernation ancestrale pour se servir sur le tas avant d’être emprisonnée dans un sarcophage spécial. Embarqué à bord du Clovis, un cuirassé du troisième empire, le sarcophage est maintenant en route pour la Floride.

4 – Atlanta

Atlanta

C’est à bord du wagon d’un train blindé, convoyeur d’armes et de marchandises, que Gavroche, Zelda et Georges finissent enchaînés. A peine nourris de pain rassis, au bon vouloir et aux crachats de la racaille confédérée qui dirige l’expédition, le voyage risque d’être pénible. Pour un peu de bonheur dans leur malheur, la destination du convoi est justement Atlanta, ville qu’ils doivent absolument atteindre avant les frères Mauguy. En effet, ceux-ci apportent aux Sudistes l’arme ultime qui risquerait bien de leur faire gagner la guerre : un monstre millénaire ectoplasmique contrôlable par la pensée. Pendant ce temps, l’agent Eglantine Lydon poursuit sa mission d’infiltration. Après avoir empoisonné l’interprète du conseiller de Napoléon III, de fait momentanément malade, elle troque ses services de garde d’enfants pour la remplacer. Elle est ainsi aux premières loges pour découvrir les tractations entre l’empereur français et les confédérés. C’est sans compter sur les pouvoirs extra-lucides de Madame Nostra, qui a déjà remarqué le comportement étrange de la jeune femme. Il va bientôt falloir trouver un moyen pour fuir rapidement.

CYCLE II :

5 – USS Kearsarge

USS Kearsarge

Le « Fantôme » est le maître de la pègre de Paris. C’est avec lui que l’espion Gavroche doit maintenant pactiser pour le compte de la république pour arriver à ses fins. Après un brusque test d’entrée en matière, lors duquel le jeune intrépide doit sortir d’un coffre fermé à clé et jeté aux fonds des égouts de la capitale, et tout cela les mains liées, il gagne enfin le droit d’adresser sa requête à celui qui dirige la cour des miracles. Gavroche a besoin de lui pour organiser l’évasion de l’agent Eglantine, arrêtée alors qu’elle était en mission d’infiltration. Celle-ci est maintenant emprisonnée à la Conciergerie. Jugée dans quelques semaines, elle sera probablement exécutée. En guise de récompense, Victor Hugo est prêt à céder au Fantôme les précieux chandeliers du forçat Jean Valjean. Mais la loi de la pègre en décide autrement : une vie exige une vie. Les deux chandeliers ne feront que payer la sécurité de la pauvre Eglantine. La nouvelle mission de Gavroche sera donc de délivrer un des fidèles lieutenants du Fantôme, alors détenu au Bagne de la nouvelle Calédonie.

6 – Le diable de Tasmanie

Le diable de Tasmanie

En pleine jungle et de façon inespérée, Gavroche et ses acolytes sont tombés sur l’épave du ballon des frères Mauguy qui a été attaqué par une tribu Kanak. A son bord, ils découvrent des carnets de voyage de l’expédition disparue de La Pérouse, des documents extrêmement recherchés, ainsi qu’un des pauvres frères Mauguy appelant au secours en morse. Gavroche doit absolument trouver un poste de télégraphie pour communiquer avec sa hiérarchie. La troupe rejoint alors la côte pour découvrir une des mines de Nickel complètement ravagée. Cette dernière vient d’être attaquée par un pirate : le célèbre Diable de Tasmanie. Malheureusement, les corsaires ont aussi détruits tous les moyens de communication. En attendant, même en morse, le frère Mauguy a une intéressante histoire à raconter. Ils ont retrouvé la trace de la Croix de La Pérouse, un des objets les plus convoités des puissants de ce monde… Elle serait au large de Vanikoro, à 300 mètres de fond dans l’épave de La Boussole. Il semble, de plus, que Le Calonec, le prisonnier que Gavroche devait rapatrier en France pour le compte du Fantôme, à la suite d’une tractation pour faire délivrer l’agent Eglantine de la Conciergerie, ne semblait pas être à Nouméa par hasard.

7 – Expédition Vanikoro

Expédition Vanikoro

Gavroche, Miss Pickford, Georges et l’un des frères Mauguy se sont réveillés avec un sacré mal de tête, un relent de Kava au fond de la gorge. Ils ne sont pas capables de savoir s’ils ont rêvés ou s’ils ont bien rencontré La Pérouse vivant, dans l’étrange cité de la Tina. Tout semble pourtant bien réel. Un bateau a été mis à leur disposition pour rejoindre l’îlot artificiel itinérant, USI John Q. Adams. De là, ils doivent embarquer sur l’USS Kearsarge pour tenter de traquer le sanguinaire Diable de Tasmanie, afin de l’empêcher de mettre la main sur la fameuse Croix de La Pérouse. En effet, l’heure tourne, le destin du monde semble compromis. N’ayant pas réussit à mettre la main sur Le Calonec, Victor Hugo a été obligé de négocier avec le Fantôme de Paris et de lui livrer les « 2 chandeliers » pour qu’il organise l’évasion d’Eglantine, encore emprisonnée à la Conciergerie. Si le Diable de Tasmanie livre la Croix de la Pérouse au Fantôme, ce dernier sera alors en possession de tous les éléments pour ouvrir la porte qui mène à la Pierre Philosophale de Nicolas Flamel. La fin justifiant les moyens, pour la première fois, les services secrets de Victor Hugo, de l’empereur et des Etats Unis font alliance pour tenter d’éviter ce drame.

8 –  Fort Chavagnac

Fort Chavagnac

Kearsarge vs Alabama… Le duel se déroulera au large de Cherbourg. Une rencontre d’un tout autre type aura lieu dans cet épisode clé et sonnera comme un ultime avertissement pour la civilisation humaine.
Après avoir exploré les fonds marins de Nouvelle-Calédonie et repéré une présence inconnue dans les eaux de Vanikoro, les différents équipages naviguent vers Cherbourg. Le navire de guerre sudiste, L’Alabama, atteindra les côtes de la Manche dans quelques heures. À ses trousses : le sous-marin nordiste Le Kearsarge. Enfin, Le Charlemagne, bâtiment de l’empire français…
La bataille est imminente.

9 – Le tombeau de l’Abbé Frollo

Le tombeau de l'Abbé Frollo

Nous sommes en 1865. À Paris, dans le quartier Saint Lazare, deux silhouettes se promènent sur les toits. Les deux protagonistes qui s’introduisent au bonheur des dames sont l’agent Gavroche et le capitaine Dantès. Cette alliance entre la république et l’empire est plutôt hors norme. Mais l’enjeu est de taille : il s’agit en effet de récupérer les deux chandeliers et la carte qui permet d’ouvrir le premier niveau de la cathédrale Notre Dame. En effet, il ne manque maintenant que ces deux objets pour accéder à la pierre philosophale. Qui aurait pu deviner que le fantôme de Paris les cachait au milieu des bas de soie et des dessous chics ? C’est pourtant dans le grenier du grand magasin, qu’une étrange main mécanique gigantesque protège le coffre. À peine Gavroche s’approche-t-il de celui-ci, qu’une malencontreuse vibration déclenche un mécanisme. Il ne reste alors plus que deux ou trois minutes pour forcer la serrure.

CYCLE III :

10 – Jack Tupper

 

Jack Tupper

 

Fin de l’été 1865. Un dirigeable est amarré sur une des tours du port de l’île de Guernesey. Les militaires républicains n’ont eu aucune compassion. Gavroche, Hugo, Miss Zelda, Nadar, Georges, Eglantine, tous sont en quarantaine dans cette prison volante, de peur qu’ils n’aient contracté la peste lors de leur dernière mission, qui retentit encore comme un échec flagrant. Corned-beef et petits pois anglais tous les jours, tout ce petit monde va craquer ! C’est alors que se produit l’impensable : un avis de tempête de force 12 oblige les militaires à briser cette quarantaine deux jours avant la fin. Direction Hauteville House, où tout le monde va reprendre ses quartiers. Miss Zelda, en tant qu’espionne américaine, doit néanmoins rester à la surface : pas question qu’elle apprenne par cœur les plans de la base souterraine des républicains. Alors que le vent s’est déjà levé et que la pluie commence à prendre ses droits, un homme torpille est lancé depuis un bateau-forteresse qui a jeté l’ancre au large de Guernesey.

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Dans ce dernier tome, la véritable vedette est sans conteste la maison de Victor Hugo : Hauteville House.  

Dans le scénario, la tempête monstrueuse qui s’abat sur Guernesey est un coup de génie, du coup tous les protagonistes habituels (les républicains) se retrouvent cloîtrés  dans la maison avec Victor Hugo, sa femme Adèle et Nadar, pendant qu’un agent de l’Empire penêtre clandestinement dans Hauteville House pour s’emparer d’un document secret, le manuscrit du corsaire Jack Tupper qui avait fait construire la bâtisse au début du siècle. La fiction se mêle à la réalité historique et nous permet de découvrir cette étonnante demeure.

Il est intéressant de souligner le soin apporté aux faits historiques et la très grande justesse des dessins de chaque pièce de la maison.

LES FAITS : 

Le 16 mai 1856, Victor Hugo acheta Hauteville House à monsieur William Ozanne « pour le prix et somme de 51 quartiers 4 denerels et 3 quints de froment de rente », soit 24.000 francs. Il paya comptant 13.920 francs.

« Le Seize Mai Mil-Huit Cent Conquante-six, devant Monsieur le Lieutenant-Baillif et Messieurs les Jurés de la Cour Royale de cette île de Guernesey… ont comparu personnellement Monsieur William Ozanne… et Dame Rosalie Torode, sa femme, lesquels, de leur libre et franche volonté, ont reconnu et confessé avoir fieffé et baillé à rente, d’eux et des hoirs du survivant des deux, en fin et perpétuité d’héritage, à Monsieur Victor-Marie Hugo, fils du Lieutenant-Général Comte Joseph-Léopold-Sigisbert Hugo, natif de Besançon, Département du Doubs, en France, et présentement demeurant en la dite Paroisse de Saint Pierre-Port, présent et acceptant pour lui et ses hoirs à jamais ; Savoir est une Maison, Edifices et Jardin, situés à Hauteville, en ladite Paroisse de Saint Pierre-Port, sur le Fief le Roi… » (Acte de vente ou Contrat signé de Justice portant le sceau du Bailage de l’île de Guernesey, enregistré pour la date du 16 mai 1856).

Acte de vente

Ce fut l’éclatant succès remporté par Les Contemplations, qui parurent simultanément à Paris et à Bruxelles le 23 avril 1856 qui permirent à Victor Hugo d’acheter Hauteville House. « Voilà un succès foudroyant », ecrivait  le 24 avril à Paul Meurice à Victor Hugo : « Hier matin, Pagnerre recevait les 1000 exemplaires qui lui revenaient, à 5 heures il n’en avait plus un seul. Michel Levy, qui a, lui, 1700 exemplaires et qui a plutôt affaire aux libraires en détail, peut encore avoir, à l’heure qu’il est, 4 ou 500 exemplaires, mais il ne lui en restera plus demain. Et les départements sont à peine servis. Des villes comme Lyon et Bordeaux en auront si peu reçu que le livre y pourra passer pour inédit. Lévy et Pagnerre vous proposent d’acheter la deuxième édition, tirée à 3000 exemplaires. Ils vous demandent en outre, dès à présent, d’acheter la troisième édition, à 3000 exemplaires d’abord, avec faculté de faire un second tirage à 3000 autres. »

Contemplations

Achat HH

Guernesey, contrairement à Jersey, autorisant les étrangers à acheter de la terre, Victor Hugo ayant acquis droit de cité et donc de citoyenneté, n’avait plus à redouter l’application de l’alien bill, loi anglaise qui autorise l’expulsion sans jugement des étrangers. Il écrit à Jules Janin le 16 août 1856 : « Figurez-vous qu’en ce moment je fais bâtir presque une maison ; n’ayant plus de patrie, je veux avoir le toit. L’Angleterre n’est pourtant guère meilleure gardienne de mon foyer que la France. Ce pauvre foyer, la France l’a brisé, la Belgique l’a brisé ; je le rebâtis avec une patience de fourmi. Cette fois, si l’on me rechasse encore, je veux forcer l’honnête et prude Albion à faire une grosse chose ; je veux la forcer à fouler aux pieds un « at home », la fameuse citadelle anglaise, le sanctuaire inviolable du citoyen. A Marine-Terrace, j’étais à l’auberge, l’Angleterre s’en est fait une excuse pour sa couardise. Le curieux, c’est que c’est la littérature qui m’a fourni les frais de cette expérience politique. La maison de Guernesey avec ses trois étages, son toit, son jardin, son perron, sa crypte, sa basse-cour, son look-out et sa plate-forme, sort tout entière des Contemplations. Depuis la dernière poutre jusqu’à la dernière tuile, les Contemplations paieront tout. Ce livre m’a donné un toit. »

alien bill

Affranchi d’explusion, Victor Hugo doit en contrepartie se soumettre à une coutume féodale comme tout propriétaire, le droit de poulage, redevance annuelle de deux poules ou la somme correspondante de trois shillings et six pence, payable à la saint Martin auprès du mandataire de la reine d’Angleterre. « Moi, représentant du peuple et soldat proscrit de la République française, je paye tous les ans le droit de poulage à la reine d’Angleterre, dame des îles de la Manche, comme duchesse de Normandie et ma suzeraine féodale.Voilà un des bizarres effets de l’exil. »

poulage

La maison, qui avait été bâtie vers 1800 par un corsaire anglais, était vide lorsque Victor Hugo l’acheta. Il la transforma, abattit des cloisons, fit construire sur le toit le look-out, ce belvédère vitré qui devait devenir son cabinet de travail ; il la meubla entièrement, la décora, la façonna suivant les caprices de son étonnante imagination, « marquant tout de son empreinte, soignant chaque détail comme il soignait chacun de ses vers, donnant à chaque pièce l’éclat d’une Ode ». Tout y est l’oeuvre du poète « depuis les caissons des plafonds jusqu’aux lambris des parois, depuis les chambranles des portes jusqu’aux frises des cheminées ». « J’ai manqué ma vocation » disait-il à Jules Claretie, « J’étais né pour être décorateur. » Le feu de l’installation dura de 1856 à 1859. Pendant ces trois années il passa des après-midi entières à courir les vieilles maisons de Saint Pierre-Port, les brocanteurs, les fermes des paroisses, à la recherche de meubles anciens, de boiseries, de porcelaines, de soieries, de tableaux. Dans cette île qui fut longtemps un centre de course et de contrebande, et où l’industrie du meuble connut au dix-huitième siècle une véritable prospérité, Victor Hugo trouva des trésors. Visiter Hauteville House, c’est parcourir une de ses oeuvres. Si l’extérieur est quelconque, l’intérieur est unique.

VH Nadar

décorateur

La famille Hugo s’installa le 17 octobre 1856 à Hauteville House. La maison était inhabitée depuis neuf ans et passait pour être « visionnée ». Les Guernesiais racontaient qu’elle était hantée par l’esprit d’une femme qui s’y était suicidée. « Ces récits nous sont faits tout bas par la blanchisseuse, par la laveuse de vaisselle, par les voisins. La cuisinière en tremble… Un des derniers locataires, un pasteur, bien qu’ayant un bail d’un an, était parti précipitamment au bout de six mois. » Le poète s’en souvint-il en décrivant la maison de Gilliat dans Les Travailleurs de la mer ? « La maison comme l’homme peut devenir un cadavre. Il suffit qu’une superstition la tue. Alors elle est terrible. Ces maisons mortes ne sont point rares dans les îles de la Manche. »

Tupper

L’action de ce tome se déroule en 1865 :

1865

On appréciera le clin d’oeil des auteurs au roman de Victor Hugo L’Homme qui rit, bien que le poète ait commencé la rédaction de celui-ci le 21 juillet 1866 à Bruxelles et le termine deux ans plus tard, le 23 août 1868 toujours à Bruxelles. Mais c’est à Guernesey qu’il en rédige la plus grande partie, avec une interruption en 1867 pour écrire la pièce Mangeront-ils ?

l'homme qui rit

Autre clin d’oeil, Adèle épouse de Victor Hugo, parle du courier de Juliette Drouet et de sa présence dans la même rue que la famille Hugo

Juliette Drouet

LA RESTITUTION D’HAUTEVILLE HOUSE

Les dessins sont grandioses, Hauteville House vedette de ce tome prend vie sous nos yeux. La demeure imaginée et créée par Victor Hugo est parfaitement rendue dans les moindres détails. Chapeau bas ! La quasi totalité des pièces sont représentées.

Le vestibule et le porche de Notre Dame

vestibule

portique

Ce porche constitue ce que Victor Hugo appelait « l’arcade d’entrée » et Charles Hugo, plus justement le « frontispice » de la maison. Une étroite colonne le supporte. Juste au-dessus de son chapiteau on peut lire l’inscription suivante : « Victor Hugo – Nostre Dame de Paris ». L’encadrement de la fenêtre est orné de motifs, armoiries, chevaliers, diable, qui se réfèrent sinon à des scènes du roman, du moins à l’époque où il se déroule. A gauche et à droite du linteau, deux médaillons de bronze signés David d’Angers : Victor Hugo et sa fille Adèle avant l’exil. Ce fronton n’a rien de gothique, comme on a pu le prétendre, il ne fait pas songer aux porches des cathédrales, mais bien plutôt aux illustrations que Célestin Nanteuil grava justement pour le roman Notre Dame de Paris.

Le couloir aux faïences

couloir faiences

faiences jardin

faiences

faiences jardin

Les murs et les plafonds du couloir, peints d’une couleur rouge brique, sont boisés, de multiples étagères et des niches permettent d’y loger des assiettes et des plats de Chine, de Sèvres ou de Rouen.

La salle à manger

salle à manger

cheminée salle à manger

Les murs, lambrissés de vieux chêne jusqu’à hauteur d’appui, sont recouverts de carreaux de Delft blancs, à grands dessins violets, représentant des corbeilles de fleurs. La cheminée, qui forme bloc avec cette miroitante mosaïque, dessine une gigantesque lettre H, faite de ces mêmes carreaux assemblés en cubes. La pièce est largement éclairée par deux fenêtres donnant sur le jardin. Le long du mur de gauche (en entrant), sous la blanche mosaïque aux quatre corbeilles violettes, une longue stalle noire. Dans une vaste salle à manger, la cheminée ne pouvait qu’être immense, elle en était l’âme. Bloc de céramique à fond blanc et son immense lettre H, initiale de Hugo, dessinnée en relief par de petits carreaux de Delft violets à personnages et encadrée elle-même de carreaux à dessins bleus. Le foyer est fermé par un panneau peint du XVIIème siécle, représentant, sur un fond noir, des fleurs rouges et blanches. A la prtie supérieure de la cheminée, une statue de Notre Dame de Bon-Secours, portant la date de 1756. Elle est posée sur un piedestal de demi-carreaux blancs que soutient un mascaron représentant une tête de femme. Cette statuette en vieux Rouen fut offerte à Victor Hugo par Juliette Drouet. La Vierge porte sur son bras, où passe le pan de sa tunique jaune et bleue, l’Enfant Jésus qui tient dans ses petites mains le globe du monde. Victor Hugo à laïcisé cette Notre Dame de Bon-Secours et en a fait une Liberté. On peut lire ces quatre vers gravés sur les deux côtés de la boiserie qui avance au dessus de la statue : 

« Le peuple est petit, mais il sera grand.
Dans tes bras sacrés, ô mère féconde,
O liberté sainte au pas conquérant,
Tu portes l’enfant qui porte le monde. »

De chaque côté de la Vierge, deux beaux vases en Rouen bleu. A droite de la cheminée, dans l’angle en pan coupé de haut en bas, un vase en vieux Rouen placé sur un cube de carreaux blans, faisant corps avec le revêtement de céramique un plat rond décoré d’un cavalier, au dessous du plat une inscription sur un carré de faîence : Hannibal 1624 et enfin une fontaine en vieux Rouen.

La pièce est truffée d’inscriptions et il eut été impossible de toutes les restranscrire dans les dessins, notons seulement celle au dessus de la porte d’entrée : Exilium vita est.

porte salle à manger

 Dans ce tome nous apprenons que la maison a été construite par Jack Tupper un corsaire. Dans la réalité nous savons que la maison a été bâtie vers 1800 par un corsaire portant probablement le nom de Tupper. Il faut savoir que Tupper était un nom répandu dans l’île. Poiur preuve on trouve dans la salle à manger de belles chaises hollandaises achetées à Guernesey. Six d’entre elles portent les armoiries d’une vieille famille guernesiaise, la famille Tupper, qui sont d’azur à trois sangliers passant, à la fasce d’or chargée de trois coquilles de gueules, au canton d’hermine chargé d’une médaille d’or aux effigies de William et Mary pendue à une chaîne du même.. Sous le blason, la devise : « L’Espoir est ma force ».

Ce blason remonte à 1692. En effet, au mois de mai de cette année, un des Tupper, John, rencontra par hasard la flotte française dans la Manche et à « grand risque » fit immédiatement voile pour Spithead afin d’avertir l’escadre anglaise. Le 29 mai 1692, l’amiral Russell surprit et défit Tourville à la Hougue. Le roi d’Angleterre William III, voulant récompenser John Tupper, lui fit présent d’une médaille d’or, frappée à son effigie et à celle de la reine Mary. C’est cette médaille qui est représentée sur le blason des Tupper, elle est conservée au « Lukis and Island Museum » de Guernesey.

Pendant le séjour de Victor Hugo, un autre Tupper, Henry, personnalité guernesiaise extrêmement originale et qui pendant de longues années joua un rôle de premier plan dans la conduite des affaires locales, était agent consulaire de France. Bien qu’il fût le représentant de l’Empire, il ne se cachait pas d’entretenir les meilleures relations avec le poète exilé. Il prit même la parole à l’une des fêtes de Noël que chaque année Victor Hugo organisait à Hauteveille House pour les enfants pauvres.

Le salon des tapisseries

tapisseries

salon tapisseries

salon tap

chymney

Dans cette pièce, où pénètre une lumière adoucie, règne une atmosphère d’apaisement et d’intimité. La teinte fondue des tapisseries du XVIIIème siècle qui recouvrent les murs et le plafond, se marie admirablement à la masse sombre de la monumentale cheminée de chêne sculptée. Celle-ci occupe jusqu’au plafond presque tout le mur de droite. On peut noter le vaste miroir convexe qui réflechit tel un objectif photographique, les détails de la grande tapisserie à personnages du mur opposé. Contre ce dernier, un divan recouvert de tapis d’Orient.

L’atelier ou fumoir

lustre

atelier

atelier table octogonale

atelier jardin

atelier

Pièce lumineuse aux larges ouvertures vitrées donnant sur le jardin. Le long de la baie vitrée, faisant face à la porte d’entrée de la pièce, un long divan recouvert d’un tapis d’Orient. Au dessus de la porte, une peinture de l’école napolitaine, représentant un combat naval, à droite de la porte, une horloge Coromandel. Au milieu de la pièce, une table octogonale Louis XIII, dont les pieds sont, à leur partie supérieure, décorés de tête de femmes et de faunes, qui furent, paraît-il, sculptée par Victor Hugo. Le plafond d’où pend une lanterne chinoise en bois découpé et aux vitres décorées de personnages coloriés, est recouvert d’une tapisserie de Bruxelles.

La salle de billard

salle de billard

salle de billard

billard 2

Vaste pièce, moins décorée que les autres,lLa salle de billard présentait certainement pour Victor Hugo une valeur sentimentale. Il avait rassemblé sur ces murs ce à quoi sans doute il tenait le plus, les images, à différents moments privilégiés, de tous les siens, cet autrefois d’avant l’exil, d’avant le deuil.

Le palier du premier étage

palier

lux

lumiere

Une grande verrière ovale, encastrée dans le plancher du troisième étage, éclaire la montée de l’escalier. Du centre de la verrière pend un lustre en cristal à trois lumières. Sur le tour en bois clair de la verrière, Victor Hugo a peint une guirlande où se mèlent des fleurs, des inscriptions, de petits personnages, des oiseaux, des papillons.

Le salon rouge et le salon bleu

Bien que séparés par une cloison, les deux salons sont indissociables : le principe de leur décoration est le même, et leur porte n’étant jamais fernée, les miroirs de leurs cheminées, en les réfléchissant, les confondent. Le tout formant un magnifique ensemble de 12 mètres de long sur 5 mètres de large. la décoration, d’où le sombre chêne sculpté a été banni, est d’une richesse éclatante.

rouge

salon rouge

La cheminée a été décorée avec une recherche particulière. Elle est surmontée d’un long dais à festons, dont les extrémités en retrait rejoignent les deux angles des murs. Sous le dais, quatree nègres en bois doré élèvent d’éclatantes coupes de cuivre. Ces statues sont l’oeuvre d’un artiste vénitien du XVIIème siècle et provenaient de l’appartement que Victor Hugo occupait rue de la Tour d’Auvergne à Paris. Elles auraient, d’après le poète, décoré la galerie du Bucentaure, du haut de laquelle les doges de Venise lançaient à l’Adriatique l’anneau de mariage.

table salon rouge

table charles II

Au milieu de la pièce, une belle table en marqueterie de style Charles II au dessus incrusté d’ivoire, au centre on peut admirer Vulcain et Bellone et aux angles des allégories.

portes

bleu rouge

Les portes de séparation entre le salon rouge et le salon bleu n’étaient pratiquement jamais fermées.

bleu

salon bleu

salon bleu

banc d'amsterdam et table japonaise

brule parfum offert par Alexandre Dumas

La pièce est plus petite et la décoration est plus simple. Sur la cheminée, une grande glace fait face à celles du salon rouge, chacuneest comme une fenêtre ouverte sur l’autre. La cheminée est encadrée de chaque côté par deux hautes colonnes torses Louis XIII en bois doré, sur lesquelles court une arabesque de fleurs gravées, Victor Hugo prétendait qu’elles provenaient d’un lit ayant appartenu à Madame de Maintenon. Ce sont ces mêmes colonnes qui, dans la salle à manger de la Place Royale à Paris, soutenaient un dais placé au-dessus d’un divan.

De chaque côté de la cheminée, le long du mur en retrait est pendu un miroir convexe de fabrication anglaise, dont l’encadrement doré est surmonté d’un aigle éployant ses ailes. A droite de la cheminée une belle table japonaise octogonale en laque noire, dont le dessus rabattable est décoré d’incrustations de nacre. Comme dans le salon rouge on trouve au mur une tapisserie à la perle, ici représentant un magnifique paon brodé au fil d’or. Sous ce panneau, un banc sculpté de style Louis XV germanique. Celui-ci était appelé « banc d’Amsterdam », Victor Hugo l’avait rapporté d’un voyage effectué aux Pays Bas en 1861 et y avait peint lui-même les fleurs et le blason.

Au milieu du salon, une petite table Louis XIII à pieds tors. Sur la table, un brûle-parfum japonais en bronze, ayant la forme d’une fleur de lotus. Il fut offert à Victor Hugo par Alexandre Dumas en 1857.

La serre ou véranda

serre 1

serre - vigne

serre 2

HH serre

serre 3

vue

L’accès à la serre se fait par le salon bleu. Petite pièce remplie de lumière où à l’exception d’une vieille table en chêne aux pieds tors, tout est blanc (des divans couverts de coussins). A l’époque de Victor Hugo, deux vignes donnaient un abondant raisin et faisait un plafond de verdure. Une porte s’ouvre sur un escalier permettant d’accèder au jardin ou de se rendre sur le balcon. De cette pièce la vue est admirable, le jardin et ses grands arbres, les jardins voisins, la baie de Havelet, la mer.

La galerie de chêne

VH Nadar

La galerie de chêne constitue un ensemble aussi cohérent que celui des salons, son antithèse exactement. Au lieu des soieries et des laques, après les couleurs les plus violentes, le vieux bois, employé presque seul. D’où l’expression de Charles Hugo : « Une véritable forêt de chêne ».

décorateur

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Au milieu de la pièce se dresse un lampadaire imaginé par Victor Hugo. Sur deux socles, le second carré, plus petit, décoré de panneaux où figurent, avec Saint Pierre, Saint Matthieu, Saint Paul et Saint André, un arbre aux nombreaux rameaux terminés par des bougeoirs qui sont en réalité des bobines de fil. Son faîte frôle le plafond : une Vierge à la tête penchée, au cou très long, statuette que Victor Hugo a taillée de ses mains dans le style archaïque.

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Sur le mur de gauche en entrant, une stale de bois sculpté et plus loin un cabinet espagnol en bois clair que l’on appelait « armoire de Burgos », décoré d’incrustations de nacre et d’ivoire. Le fronton est surmonté d’une statuette de jade. Au-dessus du meuble, sur un panneau de cuir fauve, une inscription en clous dorés : « Les dieux sont au vainqueur, Caton reste aux vaincus » (traduction du vers de Lucain dans la Pharsale : Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni).

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La galerie est divisée par deux stalles, à côté de chaque stalle, deux hautes colonnes torses, qui encadrent l’entrée de la chambre de Garibaldi, oint sans doute appartenu à un rétable du XVIIème siècle. Ces colonnes autour desquelles s’enroulent des pampres, supportent une longue solive décorée de boiseries guernesiaises. Au pied de la colonne de gauche, dont le fond est noir, l’inscription « Tristitia » (la tristesse), les sarments ont été peints en rouge, les grappes sont dorées, le vin dissipe la tristesse. L’autre colonne, au bas de laquelle est gravée l’inscription « Laetitia » (la joie) est peinte en rouge, les sarments et les raisins sont noirs, la joie même peut être un peu triste.

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galerie de chêne

Devant la cheminée, une grande table Renaissance à huit pieds tors. Derrière la table sont alignés trois fauteuils. Le premier est en chêne, au revers du dossier deux inscriptions, l’une en clous dorés : Filius, l’autre gravée dans une petite pièce de bois rapportée : Amatus amat (le Fils, aimé il aime). Le fauteuil du milieu, plus grand que les deux autres est recouvert de cuir foncé, au revers de son dossier tendu de cuir fauve, l’inscription en clous de cuivre : Pater (le Père). Le troisième fauteuil est en chêne, sur le dossier est fixée une tapisserie représentant une petite fille dont les traits rappelaient peut-être ceux de Léopoldine, au revers du dossier l’inscription également en clous dorés : Mater (la Mère).

Un beau bateau hollandais aux larges voiles jaunies, décoré à la poupe d’armoiries finement sculptées et d’un lion d’or à la proue trône sur un meuble.

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Sur le mur de gauche en entrant, une stalle de bois sculpté composée par Victor Hugo. Au dossier, trois panneaux guernesiais, sur les côtés du siège, un panneau gothique à motif dit « parchemin roulé »

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Le palier bibliothèque

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escalier

Au tournant de l’escalier, le mur est décoré d’une grande tapisserie flamande qui représente Cérès, des moissonneurs et des enfants cueillant des fleurs. Une glace en hauteur, à baguette de chêne sculpté, est appliquée sur la tapisserie et fait face au palier du deuxième étage. Au dessus la grande verrière ovale encastrée dans le plancher de l’étage supérieur, éclaire la montée de l’escalier.

Contre le mur, à l’extrémité de la rampe d’escalier, une très belle statue en bois du XVème siècle : Sainte Anne tenant dans ses bras la Sainte Vierge et l’Enfant Jésus.

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Au premier plan, une vieille presse au socle pentagonal orné de panneaux gothiques. Des bibliothèques vitrées remplies de livres, se succèdent sur les murs.  Entre la première et la deuxième, une horloge anglaise, portant le nom de John Burges Gosport, dans un beau coffre surmonté de deux boules de cuivre à pointes, son carillon a un son charmant (Charles Hugo l’avait surnommée l’horloge « au gai carillon »), elle indique les jours, les mois et les phases de la lune. Au-dessus de l’horloge, dans la boiserie, Victor Hugo a fait graver cette inscription : « Toutes laissent leur trace au corps comme à l’esprit. Toutes blessent hélas ! La dernière guérit »

Devant l’horloge, une échelle peinte en rouge et décorée de dessins gravés et dorés, sur les marches un grand papillon et un coléoptère, sur les montants des fleurs, un moineau et les deux lettres HH, sur la pièce de bois qui maintient l’écartement des montants, les initiales VH.

Sur le plafond est tendue une vieille tapisserie à fond bleu, où les fleurs de lys alternent avec le monogramme de Louis XIII et d’Anne d’Autriche. Le palier est divisé en deux parties par une porte vitrée faite de deux encadrements superposés, provenant de glaces ou de tableaux et à l’intérieur desquels ont été fixées de petites traverses dorées qui maintiennent les vitres. Au-dessus de la porte, un miroir rond à encadrement doré.

protections tapisserie

protection tapisserie

On peut noter le soin apporté à l’exactitude du détail, les coupelles fixées sur la tapisserie servaient de protection aux flammes dans les lustres.

Le look-out

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statue

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Le look-out, ou belvédère,  entièrement vitré, que le poète s’était fait construire sur le toit de la maison, a la forme d’une serre. C’est une cage de verre inondée de lumière d’où l’on a une vue incomparable. C’est dans cette serre de 5 mètres et demi de long sur 3 mètres de large, occupée en grande partie par deux divans (où le poète posait ses feuilles afin d’en faire sécher l’encre) que Victor Hugo a travaillé pendant quatorze ans. Le plancher est de bois nu, au centre, la verrière ovale qui éclaire la montée de l’escalier. Devant, un poêle Louis XV en faïence blanche vernissée à reflets bleutés, orné à sa partie supérieure d’une charmante satuette de Vénus aux mains pleines de roses.

« Et cependant, pensif, j’écris à ma fenêtre,
Je regarde le flot naître, expirer, renaître,
Et les goëlands fendre l’air.
Les navires au vent ouvrent leurs envergures,
Et ressemblent au loin à de grandes figures
Qui se promènent sur la mer ».

 

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Le 17 septembre 2014 parution du tome 11 de la série

 

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En avant première, quelques planches inédites avec l’aimable accord des Editions Delcourt et des auteurs de la série :

 

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Bonne future lecture !

 

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Le 4 mars 2015 parution du tome 12 : Le puits de Jacob

 

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Zelda et Gavroche sont recrutés par la résistance nord-américaine créée par celui qui vient de perdre la guerre mais sapprête à reprendre la lutte : Abraham Lincoln. En effet, les États du Sud sont soupçonnés davoir passé un pacte avec « ceux des profondeurs », une intelligence venue des entrailles de la Terre. L’enquête démarre avec cette alliance hors norme et lourde de menaces.

Notons au passage de beaux clins d’oeil : un dîner chez la famille Ingalls au complet dans la petite maison dans la prairie, et l’évocation de Gédéon Spilett (et sa fuite en ballon avec Cyrus Smith) ainsi que son apparition au cours de l’histoire (son interview de Joe l’esclave rescapé du siège de Fort Alamo).

Il est à noter que depuis le tome 11, Nuria Sayago est devenue la coloriste de la série.

 

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Quelques planches en avant-première :

 

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Bonne future lecture !

Une interview de Fred Duval et Thierry Gioux ici.

 

 

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Le 13 janvier 2016 parution du tome 13 : L’Ordre de l’obsidienne

 

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1865. Zelda, Gavroche, l’archéologue Désiré et l’officier Spillett passent un pacte avec un bandit mexicain pour faire la lumière sur le mystérieux « ordre de l’Obsidienne », une confrérie secrète créée durant l’antiquité pour garder les grandes portes de téléportation. C’est compter sans l’agent Cooper, un redoutable tueur et membre de l’ordre qui est bientôt lancé sur leurs traces.

Nous retrouvons dans ce tome Jack Tupper du tome 10 et propriétaire initial de Hauteville House à Guernesey. Il est ici dans le Golfe du Bengale en sa maison « réplique » et il est savoureux de voir les faiences de la salle à manger au goût du pays :

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Notons qu’Emem est maintenant en charge du story board.

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Quelques planches en avant-première :

 

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Bonne future lecture !

 

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En attendant la publication du tome 14 en septembre 2016, voici deux extraits de planches déssinées par Thierry Gioux et mises en couleur par Nuria Sayago, un superbe travail !

 

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Le 14 septembre appproche à grands pas, la parution du tome 14 : Le 37ème parallèle ne saurait tarder.

 

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À la recherche du trappeur Davy Crockett, gardien d’une idole qui permet de siéger au conseil de l’ordre de l’Obsidienne, Gavroche, Zelda et leurs alliés explorent le sud du continent américain et le fameux 37e parallèle. La région qui s’étend des côtes chiliennes à la Patagonie en passant par les cols enneigés de la cordillère des Andes se révèle à la hauteur de sa réputation : sauvage, inaccessible et dangereuse.

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Notons dans cet opus un clin d’oeil à Davy Crockett, qui contrairement à ce que l’Histoire nous enseigne, n’est pas mort lors du siège de Fort Alamo en 1836, puisque nous le retrouvons en pleine santé plus de 30 ans après.

Le siège de Fort Alamo (23 février – 6 mars 1836) fut un événement majeur de la Révolution texane. Après un siège de 13 jours, les troupes mexicaines commandées par le général Antonio López de Santa Anna (le siège eut lieu durant les présidences de Miguel Barragán et de José Justo Corro) lancèrent un assaut contre la mission Alamo près de San Antonio de Bexar (aujourd’hui San Antonio aux États-Unis). Tous les défenseurs texans furent tués et la cruauté apparente de Santa Anna pendant la bataille poussa de nombreux colons et aventuriers américains à rejoindre l’armée texane. Poussés par l’envie de prendre leur revanche, les Texans battirent l’armée mexicaine à la bataille de San Jacinto le 21 avril 1836 qui mit fin à la Révolution.

Plusieurs mois auparavant, les Texans avaient chassé les troupes mexicaines hors du Texas alors partie de l’état de Cohuila y Texas et environ 100 soldats furent placés en garnison dans l’Alamo. L’unité fut renforcée par une unité menée par les futurs commandants du fort, James Bowie et William B. Travis. Le 23 février, environ 1 500 soldats mexicains arrivèrent à San Antonio de Béxar avec l’objectif de reprendre le Texas. Durant douze jours, les deux forces s’affrontèrent lors de plusieurs escarmouches. Conscient que sa garnison ne pourrait pas résister à une attaque de grande ampleur, Travis écrivit plusieurs lettres pour demander des renforts mais moins de cent hommes le rejoignirent.

Au matin du 6 mars, l’armée mexicaine avança sur l’Alamo mais ses deux premiers assauts furent repoussés. Alors que les soldats mexicains escaladaient les murs lors du troisième assaut, les Texans furent obligés de quitter les remparts et de se replier dans les bâtiments de l’intérieur du fort. Les défenseurs qui n’y parvinrent pas furent massacrés par la cavalerie mexicaine. Entre cinq et sept Texans se seraient rendus mais si cela fut le cas, ils furent rapidement exécutés. Selon les témoins oculaires, entre 182 et 257 Texans étaient morts tandis que les historiens estiment qu’entre 400 et 600 Mexicains furent tués ou blessés. Plusieurs non-combattants furent envoyés à Gonzales pour annoncer la défaite texane. La nouvelle causa la panique et l’armée texane, la plupart des colons et le nouveau gouvernement de la république du Texas s’enfuirent pour échapper à la progression de l’armée mexicaine.

Au Mexique, la bataille a souvent été éclipsée par les événements de la guerre américano-mexicaine de 1846-1848. Du fait de l’accroissement de la population anglophone dans la région au xixe siècle, le site devint connu comme l’équivalent américain de la bataille des Thermopyles et les terrains et les bâtiments furent finalement achetés par la législature du Texas au début du xxe siècle. L’Alamo est aujourd’hui « le site le plus touristique du Texas ». Si la bataille a été relatée dans de nombreux ouvrages historiques dès 1843, le grand public est aujourd’hui plus familiarisé avec les mythes propagés par les diverses adaptations cinématographiques et télévisuelles comme la série Davy Crockett dans les années 1950 et le film Alamo de 1960.

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Ainsi qu’une évocation de la catastrophe aérienne de 1972 survenue dans la cordillère des Andes et rendue célèbre par le livre de   Piers Paul Read « Les Survivants ». 

Le 13 octobre 1972, un Fairchild FH-227 de la Force aérienne uruguayenne quitte l’aéroport international de Carrasco à Montevideo en Uruguay pour rejoindre Santiago au Chili. À son bord se trouvent principalement des membres de l’équipe de rugby à XV Old Christians de Montevideo qui doivent disputer un match au Chili, ainsi que des parents et des amis des joueurs. L’avion se pose pour une nuit à Mendoza en Argentine à cause des conditions climatiques difficiles. Le lendemain, le pilote de l’appareil, le colonel Julio Ferradas, choisit de traverser la cordillère des Andes au passage du Planchón, au sud de Mendoza. Une fois traversé, l’avion doit prendre le cap au nord pour rejoindre Santiago. Croyant avoir franchi entièrement le passage dans les nuages, le pilote avertit la tour de contrôle de Santiago qu’il se trouve au-dessus de Curicó et amorce sa descente. La navigation à l’estime du pilote est cependant fausse : la vitesse de l’avion est plus faible à cause du vent de face et le temps habituel de la traversée a été rallongé. L’avion descend trop tôt et percute un premier pic qui arrache l’aile droite ; celle-ci est projetée vers l’arrière et emporte la dérive, ce qui laisse un trou béant dans l’empennage. L’aile gauche est à son tour arrachée lors d’une collision avec un second sommet et le fuselage s’écrase sur un glacier à 3 600 m d’altitude dans une zone reculée du département de Malargüe à proximité de la frontière entre le Chili et l’Argentine.

Les survivants, bloqués dans le froid et la neige, apprennent par un poste de radio portatif, que les opérations de recherche ont été abandonnées huit jours après l’accident car l’avion, de couleur blanche, est jugé indiscernable dans la neige. Ayant épuisé leurs maigres réserves de nourriture, ils décident de manger les corps des morts qui ont été préservés par le froid. Le 29 octobre, une avalanche recouvre totalement l’avion qui sert d’abri contre le froid et le vent et fait huit nouvelles victimes. Dès les premiers jours, certains ont proposé de partir à la recherche des secours et des expéditions limitées ont été organisées autour de l’appareil, mais l’altitude, le froid, la malnutrition et la cécité des neiges empêchent toute entreprise de grande ampleur. Il est finalement décidé qu’un petit groupe parte chercher les secours avec les vêtements les plus chauds et les plus grandes rations de nourriture. Après plusieurs tentatives infructueuses, Fernando Parrado et Roberto Canessa parviennent à franchir la chaîne montagneuse se trouvant à l’ouest du site de l’écrasement, puis à descendre dans la vallée du Rio Azufre. Dix jours après leur départ, ils rencontrent un huaso, Sergio Catalán qui alerte les autorités. Le 22 décembre, deux hélicoptères de l’armée, guidés par Parrado, rejoignent le lieu de l’accident, mais ne peuvent secourir que la moitié des 16 survivants en raison du mauvais temps. Les autres sont récupérés le lendemain matin et hospitalisés à Santiago afin d’être soignés pour gelures, malnutrition, déshydratation, scorbut et mal aigu des montagnes. Les secours retournent finalement sur place avec un prêtre pour inhumer les corps à 80 m de l’avion dont les restes sont incendiés.

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Sans oublier la ville de Medellin en Colombie déjà très au fait du pouvoir de la cocaïne

 

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Quelques planches en avant première :

 

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Bonne future lecture !